Des sept sermons aux morts et de la quaternité , ouvrage de Carl Gustav Jung

Un petit ouvrage très intéressant aux éditions de L’Herne, les sept sermons aux morts et autres textes du médecin, psychiatre, psychologue et essayiste Carl Gustav Jung.

Il s’agit en fait d’un de ses premiers livres, écrit en 1912  préfigurant ses thèses sur l’investigation de l’inconscient et de l’âme à travers la psychologie analytique. Jung a d’un coté l’influence religieuse de son père qui est pasteur luthérien et de l’autre l’influence scientifique de la famille de sa mère, composée de médecin. Une mère ayant aussi une passion pour l’occulte, passion qui le traversera lui aussi, pour ses thèses et durant sa vie. Enfin, Jung est semble t-il un amoureux du latin, une langue dont il parsème ses écrits.

La première remarque que l’on peut faire, c’est que cet ouvrage les sept sermons aux morts et autres textes se place en 1912, c’est à dire un peu après la séparation de l’église et l’état en France en 1905.

Et le but de ce petit livre est comme d’expliquer cette transition entre monde religieux et monde moderne.

Il y a d’abord les sept sermons aux morts, texte qui sonne comme une invocation que Jung aurait peut-être fait dans sa jeune vie. Il faut le rappeler, sa mère était  passionnée d’occultisme et les tables tournantes étaient souvent utilisées chez elle. Le médecin se fait comme l’interprète d’un certain Basilidès, un gnostique d’Alexandrie au II ème siècle. Le gnostique étant celui théorisant un être humain dont l’âme divine  est  prisonniere du monde terrestre, d’une matérialité, par un dieu mauvais ou imparfait.

L’originalité de ce texte, c’est que ce gnose, Basilidès enseignerait aux morts. S’agit-il d’un savoir perdu contenu dans le pleroma, c’est à dire le néant et animable par l’abraxas, le mot des 365 images de dieu , un mot retrouvé sur des pierres et amulettes antiques. Un mot qui aurait comme  vertu  d’attirer les intelligences du monde. Ces sermons aux morts sont en fait une sorte d’enseignement, un basique du monde entourant l’âme.

Une idée semblant comme venir du moyen-age, de la Renaissance, des alchimistes, entoure ces sermons, c’est l’idée de créatura, est-ce l’homme en créature insufflé par le feu ? C’est en tout cas une différenciation, une particularité. Et ce qui amène Jung à s’interroger sur  la notion de tout en opposition. Ainsi, il y a le bien et le mal comme il y a le vide et le plein, la vie et la mort.

Les sermons se terminent par un anagramme en allemand dont l’auteur de ce blog n’a pas la signification.

Ce sermon aux morts place la position de vie de  Jung à travers le Gnose Basilidès, il le dit lui-même, c’est en être ayant supporté une malédiction qu’il s’exprime.

La pensée de Jung commencerait donc par une sorte d’archaisme biblique, la malédiction, la malédiction comme révélatrice de l’autre. Un archaisme qui s’il peut être qualifié de biblique n’en est  non moins moderne et c’est bien le paradoxe.

Cette modernité de la malédiction, cet inconscient révélateur, Jung le démontre, va le chercher, dans l’idée de quaternité.

Et ainsi le texte second qui est sans doute la base de sa philosophie le problème du quatrième.

D’après Jung, traditionnellement dans le monde du moyen-age, dans le monde religieux des siècles dernier, seul la trinité était mise en avant. Il s’agissait en quelque sorte de l’accord avec dieu. La trinité ou le père, le fils et le Saint esprit. Il s’agissait aussi de l’expérience de Jésus, du miracle de la croix.

Mais, pour Jung reprenant de la une idée de l’antiquité, extrait des dialogues de Socrate, intitulé le Timée, la question se pose de l’idée d’un quatrième.

Cette idée d’un quatrième est à mettre en relation avec deux théories, la théorie des oppositions par laquelle chacun a son opposé le Saint-esprit considéré comme souffle de vie ayant forcément un contraire, une matière statique, comme le bien contraire du mal ou le néant du vide. Et la théorie selon laquelle la vie est issue du carré et qu’il y a donc en matière de vie de l’âme comme pour la vie de l’univers et ces points cardinaux, un quatrième.

La suite du texte est fascinante car Jung nous explique la théorie de la trinité que j’appellerai théorie du Saint-esprit. Le Saint esprit étant considéré comme le mot chrétien pour la notion de creatura, de souffle de vie.

La quaternité est ainsi fait dans la vie de l’homme qu’entre père et fils se lie le Saint-esprit. Le Saint esprit comme souffle de vie,mais que le fils, pour devenir homme et père doit recevoir  et c’est ici tout la problématique de l’inconscient et des maladies pour Jung. Le fils doit devenir père. C’est cela le quatrième éléments. La quaternité se constitue donc ainsi le père, le fils, le saint-esprit et le fils devenu père.

On le comprend, c’est cette problématique du fils devenu père, de l’homme né d’un dieu devenant ce dieu, qui explique les maladies issues de l’inconscient. A cette époque du siècle en 1912, Jung décrit en fait les possibilités pour l’homme face à cette question. Pour devenir père l’homme doit retrouver son enfance, cela se matérialise par une traversée de vie. Elle est basée sur des principes de vie mais fondamentalement pour devenir le père, le fils doit baser son évolution sur la foi ou sur une philosophie. Jung encourage plutôt le lecteur à baser sa vie sur un monde réfléchi entre foi et philosophie. Mais comme il l’explique dans une sorte de vision historique, la religion chrétienne est peut-être derrière nous en ce 20 ème siècle. Ainsi, il compare la fin du paganisme chez les romains et l’arrivé du Christianisme avec ce qui était évocatoire et légendaire en l’époque, la fin du dieu des paiens, le dieu pan,  le dieu des bergers pour l’arrivée d’un Christ unique. Aujourd’hui y a t-il une fin du christianisme en ce sens de mystique et prophétique, pour parler d’une nouvelle religion? D’une nouvelle révélation ,Qui ne serait en fait qu’une adaptation moderne de l’ancienne ? Je n’ai pas à ma connaissance d’information à ce sujet.

La problématique du monde moderne étant probablement  la suivante pour Jung: Face à face, cette sorte de malédiction biblique et l’ évolution de la psychologie de l’homme moderne par rapport à l’homme du Moyen-age, faisant de l’homme moderne  conscient, un multi univers, tenté par toutes sortes d’expériences et pas forcément par l’expérience de foi. Ce recul de la foi n’est il  une avancée du mal et  de la maladie humaine, la psychologie analytique, la théorie de l’analyse de l’inconscient étant comme une sorte de réponse  à cette perte de foi ?

La vérité se trouve probablement du coté de l’expérience mystique. En effet, comme l’exprime Jung, tout homme  voudrait une expérience mystique, être en lien avec sa créatura, mais dans notre société moderne et c’est là le paradoxe, cette expérience mystique ne peut se présenter de  façon prophétique. Cette image est comme désagrégée, elle a en quelque sorte une onde de négativité. La société moderne étant plutôt adepte du miracle raisonné. Il semble que cette position soit un choix de société adopté au début du 20 ème siècle. Y aurait-il eu trop d’abus des religieux dans leur position dans le passé ? L’auteur de ce blog, n’en sait pas assez sur ce sujet pour pouvoir l’expliquer.  Cette position n’est pourtant pas à mon sens la bonne non plus car on se trouve alors  dans une sorte d’esclavagisme de la pensée, celle qui veut que pour un contrôle sain de la société, le mystique soit comme renié.

L’homme moderne se retrouvant pourtant sans expérience mystique ou transcendantale comme un aveugle au milieu d’une foule de proposition, laissant aller sa vie  sans cheminement réel  et véritable volonté. Laissant finalement le voisin, lui dicter ses théories et les accepter comme tels. C’est un peu le danger à mon avis de la société moderne déshumanisée au sens de l’humanisme de la Renaissance et notamment de la créatura ou du culte fait aux morts et donc de notre devoir de mémoire.

Il manque certainement à ce jour, en ce siècle, une nouvelle expérience mystique commune, comme une sorte de nouveaux miracles, renouvelant les espoirs de l’humanité. La conquête de l’espace pourrait être une réponse à cette nouvelle quête de sens quand l’homme voyagera en commerce au dessus de la terre.

A moins qu’une conquête terrestre surgisse de l’au delà de l’âme , de l’au delà de la conscience humaine, des nouveaux miracles, d’un nouvel enseignement. Le poète en tant que chercheur de matière dans l’irréel peut  certainement être un acteur de ces questions d’existence.

La question du 21 ème siècle étant peut-être la suivante, qu’ il faut trouver son dieu pour révéler le dieu qui est en nous. Chacun ayant comme une parcelle d’un dieu en lui. La problématique serait donc peut-être la forme de dieu en nos vies. Est-ce revenir au polythéisme ? Le culte de l’image semble le prouver.  La vérite se trouvant peut-être sur le chemin de l’erreur, Jung conclut ce petit livre sur cette idée d’arriver à la vérité par l’erreur. Mais peut-être l’erreur comme ces erreurs amoureuses de l’évèque, poète  et philosophe de la Renaissance Pontus de Tyard, une erreur telle une  véritable philosophie. Une erreur présentée, belle de toutes ces beautés et gage de questions avec un caractère d’immortalité.

C’est peut-être aussi d’une autre façon l’image, la direction  de notre société moderne qui semble parfois se plonger dans la déliquescence  telle  une société de l’erreur et s’en gaussant ouvertement comme un enfant, un fils qui voudrait devenir père. Faudrait-il alors créer une société du saint-esprit ou de la quaternité terrestre pour transfomer le mal ?

Le bien que l’on procure aux autres est concordance du mal qui peut survenir. C’est donc de la situation du temps qu’il est question. La situation du temps et donc la philosophie de l’erreur.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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A propos François Térrog

Mr Gorret François écrivant et chantant sous le pseudonyme de Mr Térrog François est un homme de 39 ans, originaire de Bretagne, qui propose des articles, des écrits, de la musique, des poèmes personnels et aussi des découvertes, des textes, des poèmes de grands auteurs ect.....

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