Petite histoire: Mort de neige

Monsieur Duval avait bien la cinquantaine. Il terminait sa phase de vie professionnelle comme on termine un livre qu’on a beaucoup aimé avec l’envie du suivant.

Il se disait ma carrière finit dans dix ans. Dix ans et à moi les jours heureux et paisibles de ce qu’il appelait sa retraite aux anges !

Il vivait dans une sorte de maison moderne, une maison avec beaucoup d’objets de verrerie, de baies en plexiglas renforcées.

Il avait; était-ce du à une vie familiale rude, l’horreur des dépenses d’électricité. Si bien que chez lui, certaines pièces ne possédaient aucunes lumières, aucuns branchements. Il s’éclairait à la bougie.

Cinquante ans, quelques économies, une femme qui venait quelquefois combler sa douce solitude, de celle qui change en un caprice.

Il n’était point malheureux et se disait en lui-même, j’ai bien encore trente à quarante ans devant moi.

C’était un jeudi soir, un de ces soirs opaques ou le brouillard est glaçant comme un couteau. Il y avait du feu dans son petit insert . Il attendait sa compagne du moment, Dolorès.

Deux verres étaient posées sur sa table d’acajou peinte en vert, d’un vert foncé presque végétal comme les feuilles de grands arbres.

Vingt-deux heures passèrent mais Dolorès ne venait pas. Jacques Duval ne s’en plaignit point. Dans une demi léthargie, il finit par s’endormir sur son fauteuil de cuir noir.

Dehors, il neigeait doucement, le froid continuait pourtant à emporter de son manteau d’hiver la végétation aux alentours de la maison.

C’était presque un manteau incandescent. La nuit était pratiquement brune mais d’une couleur violacée.

Un choc violent retentit d’un coup dans l’hiver du silence; comme un coup de pilon, un pilon tel une colonne pilastre qui alla s’enfoncer dans la fenêtre en verre dite incassable de Monsieur Duval.

Les yeux à peine ouvert, il fut saisi d’effroi.

Là, contre la glace, écrabouillé, il y avait comme une peau d’animal, un animal, une viande, comme dépecée.

A travers, les brisures de la vitre, il crut entrevoir un cœur. Un cœur ou un foie qui battait dans un mouvement arachnéen.

Etait-ce Dolorès qui faisait peut-être de son rêve un champ de cauchemar? Elle n’était pourtant venue que la semaine dernière; et ce n’était pas un rêve…….

Soudain, il entendit une voix, un cri rauque ou plutôt un hurlement comme une bête fauve qu’on égorge ou un combat de bêtes fauves, il voyait leurs robes tachetées de sang, dans un espèce de jeu d’ombre.

C’était un jeudi soir et son corps se mit  à trembler, il portait la main à sa gorge comme un asphyxié. Il regardait son verre, un de ces rhums ambrés. Il le vida d’un trait et sortant de la pièce s’aspergea le visage d’eau dans l’évier en céramique bleutée qui se trouvait en l’espace  cuisine.

Alors que l’eau coulait, glissant sur sa chevelure et dans son cou, il y eut comme un bruit final un cri presque de corneille ou de vautour. un cri ainsi imaginé comme stoppant l’effroi.

Jacques Duval retrouva son sang froid. Il alluma la seule lumière extérieure qui existait coté jardin, enfila son grand manteau d’un chic velouté beige, prit son fusil de chasse; une sorte d’imitation de  Winchester , une pièce de collection peut-être.

Dehors, il n’y avait que la neige, la neige qui glissait sous ses pas et le craquement des brindilles de bois. Il s’approcha de ce qui lui semblait être le foyer de cette lutte animale. Son sang bourdonnait dans ses tempes. Il s’attendait à voir un sacrifice, une sorte d’évocation à la lune peut-être ou encore sa Dolorès sans vie, froide du passage de la mort.

Mais dehors, dans l’herbe glacée, il ne trouva qu’un gerbouilli immonde, les restes peut-être de ce qui avait empoisonné un chat.

De derrière lui, il vit sur la vitre, un oiseau. Le corps comme ayant implosé dans la fenêtre, un oiseau mort à la robe noire et grise. Ce n’était point une pervenche ou plutôt une mésange ni un voleur non plus.

Devant ce fait de la nature, il eut comme un rire rauque, un rire d’ailleurs.

C’était un jeudi soir, il attendait cette femme et en ce jeudi soir il sut….

 

Ce contenu a été publié dans Uncategorized par François Térrog. Mettez-le en favori avec son permalien.
Photo du profil de François Térrog

A propos François Térrog

Mr Gorret François écrivant et chantant sous le pseudonyme de Mr Térrog François est un homme de 39 ans, originaire de Bretagne, qui propose des articles, des écrits, de la musique, des poèmes personnels et aussi des découvertes, des textes, des poèmes de grands auteurs ect.....

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *