Marceline Desbordes Valmore livre L’aurore en fuite-poèmes choisis

Marceline Desbordes Valmore, actrice et poètesse française du 19 ème siècle est présentée cette année à travers de la musique et des séries de livres.

Le livre qui a retenu l’attention de l’auteur de ce blog est l’aurore en fuite, des poèmes choisis dans la collection point.

Le livre est une sélection de poèmes commencées à partir de 1830.

Il ne s’agira pas ici de détailler l’ouvrage et ces poèmes mais de plutôt s’intéresser à un poème en lien avec notre monde actuel.

Le poème qui attire l’attention serait celui intitulé à mon fils après l’avoir conduit au collège.

À mon fils, après l’avoir conduit au collège


Dire qu’il faut ainsi se déchirer soi-même.
Leur porter son enfant, seule vie où l’on s’aime,
Seul miroir de ce temps où les yeux sont pleins d’or,
Où le ciel est en nous sans un nuage encor;
Son enfant ! dont la voix nouvelle et reconnue,
Nous dit : « Je suis ta voix fraîchement revenue. »
Son enfant! Ce portrait, cette âme, celte voix,
Qui passe devant nous comme on fut une fois;
Quand on pense qu’il faut s’en détacher vivante.
Lui choisir une cage inconnue et savante.
Le conduire à la porte et dire : « Le voilà !
Prenez, moi je m’en vais… » — C’est Dieu qui veut cela !

Croyez-vous? Dieu veut donc que noyée en ma peine
Comme cette Madone assise à la fontaine,
Cachée en un vieux saule aux longs cheveux mouillés,
Ne pouvant plus mouvoir mes pieds las et souillés,
Je pleure, et d’un sanglot croyant troubler le monde.
J’appelle mon enfant pour que Dieu me réponde!
Mais la porte est déjà fermée à mon malheur,
Et tout dit à la femme : « Allez à la douleur ! »

J’y vais. Je n’ai rien dit, j’ai salué les maîtres ;
De la grande maison j’ai compté les fenêtres,
Parcouru le jardin sans verdure, sans fleurs.
Oui, c’est bien vrai, l’hiver est la saison des pleurs.
Les miens n’ont pas coulé de mon cœur gros d’alarme ;
J’ai vu partir mon fils sans verser une larme.
Il pâlissait, le pauvre, en me voyant partir !
Je souriais pourtant, j’essayais de mentir.
Dieu ! folle d’un chagrin que rien ne peut décrire,
Pour endurcir son cœur j’essayais de sourire !
Mais aux frissons épars dans mes membres tremblants,
J’ai senti que j’aurai bientôt des cheveux blancs.
Va ! je les aimerai. J’aimais ceux de ma mère.
Jeune encore, ils disaient son lot tendre et sévère,
Ses longs cheveux cendrés que je baisais toujours
Sans savoir que ce fût le livre de ses jours.
Tu baiseras les miens si l’amour me les donne.
Si tu sais où j’ai pris celte grave couronne,
Quand tu vivrais cent ans tu l’en ressouviendras,
Et par delà mes jours, toi, tu les béniras.

L’avait-il pressenti quand furtif, hors d’haleine,
Comme un agneau cherchant sa mère dans la plaine,
Il franchit sans frayeur un vieux mur entrouvert
Et bondit, pour m’atteindre, au sentier découvert,
(Tandis que le collège assoupi dans l’étude
L’avait laissé se battre avec la solitude)
Quand ses bras étendus revolèrenl vers moi,
Et qu’il cria : « Je veux m’en aller avec toi ! »

Mais à peine arrivé jusqu’à l’eau du rivage,
Qu’ils sont vite accourus l’ôter à mon courage !
Car ils m’ont dit : « Courage ! » en m’arrachant sa main.
Et, sans savoir par où, j’ai repris mon chemin.

Quand on dira toujours que je suis trop heureuse ;
Qu’il aura de l’esprit; que l’école est nombreuse ;
Que les enfants sont fiers d’y grandir loin de nous ;
Que je devrais bénir mon sort à deux genoux ;…
Ah! j’y suis, à genoux, car l’angoisse est divine,
Et femme, je murmure, et mère, je m’incline.
Hélas, pour être mère on promet d’obéir,
Et mère on n’obéit qu’au risque de mourir !

Vous, du moins, Vierge blanche, immobile et soumise,
Et seule, au bord de l’eau pensivement assise.
Les mains sur voire cœur, et vos yeux sur mes yeux,
Parlez-moi, Vierge mère, oh! parlez-moi des cieux !
Parlez ! vous qui voyez tout ce que j’ai dans l’âme :
Vous en avez pitié puisque vous êtes femme.
Cet amour des amours qui m’isole en ce lieu,
Ce fut le vôtre; eh bien, parlez-en donc à Dieu !
Sans reproche, sans bruit, douce reine des mères,
Cachez dans vos pardons mes révoltes amères ;
Couvrez-moi de silence, et relevez mon front
Baissé sous le chagrin comme sous un affront.

Voilà ce qui s’est fait par un jour de Décembre,
Mois sans soleil. Voilà ce que dans cette chambre
Où je n’entends gronder et gémir que mon cœur,
Devant l’heure qui vient et passe avec lenteur,
Je retrace de lui pour m’aider à l’attendre,
Jusqu’au jour, jour de vie! où je pourrai l’entendre.
Devant mon jeune maître alors je me tairai :
Il parlera… mais moi, je le regarderai !

A la lecture des mots de cette femme, d’une vue féminine, on peut s’interroger sur le but de l’éducation et de l’enseignement.

Marceline Desbordes Valmore, nous explique qu’envoyer son enfant à l’école, c’est en faire un singe savant et lui choisir une cage jusqu’à ce qu’elle ait des cheveux blancs. C’est de la douleur de la séparation, du maître d’école et de l’évolution de son fils  dont il est question

Avec ce regard de femme, on peut s’interroger sur le vrai but de l’éducation et de l’enseignement dans la vie humaine.  Une question qui se reflète dans notre société actuelle, ou on parle de faillite du système, d’enfant n’apprenant plus, de projet de société connecté tellement refusé dans les années 1980.

Notamment le passage de l’interdiction du téléphone en classe, à son autorisation.

Suffirait-il pour être éduqué de savoir lire et écrire et cela quelque-soit le support ? C’est un peu la question de l’aurore en fuite. Ainsi, perdre cette aurore avec son enfant, est-ce réellement justifié si c’est pour qu’il finisse dans une cage comme les autres enfants ?

Une question qui n’est pas résolu par les pouvoirs publics actuels qui proposent finalement un changement de technologie pour éluder le problème.

Espérant que l’avenir, nous en dira plus, sur ce sujet de l’esclavagisme et des relations humaines.

 

 

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A propos François Térrog

Mr Gorret François écrivant et chantant sous le pseudonyme de Mr Térrog François est un homme de 39 ans, originaire de Bretagne, qui propose des articles, des écrits, de la musique, des poèmes personnels et aussi des découvertes, des textes, des poèmes de grands auteurs ect.....

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