Lire Chatterton D’alfred De Vigny

Chatterton est une pièce de théâtre composée par Alfred de Vigny en dix- sept nuits.Cette production intensive sur une courte période n’est pas sans rappeler un autre écrivain, Honoré De Balzac qui comme nous le savons dormait très peu pour écrire la monumentale Comédie humaine.En tout cas, ici, alors que  Vigny,lui-même poète, déçoit avec ce théatre sur la vie tragique d’un poète nommé Chatterton. Balzac , qui n’était pas poète, réussit lui un roman extraordinaire avec l’histoire du Jeune Poète Lucien de Rubempré.Est-ce  à dire que le théâtre n’est pas le format idéal pour traiter de poésie? Attendons peut-etre de voir un jour les illusions perdues adaptées pour la scène.L’avenir  permet  parfois ce genre de rêve.Mais, revenons à Chatterton. Vigny ,dans cette pièce, présente en quelque sorte la malédiction pesant sur le poète qui ne peut vivre avec ses semblables, accaparé qu’il est par sa souffrance intérieur et qui tombe dans le désespoir moral et financier.Si ce théâtre de Vigny est plutôt faible tant dans son expression que dans son action, la préface nommée dernière nuit de travail est magnifique.C’est une sorte de manifeste pour le poète, l’artiste.L’auteur imagine  trois sorties pour l’homme d’écriture devenir homme de lettre, grand écrivain ou poète, les trois genres pouvant se mélanger.Mais pour le  poète, il en appelle au législateur et demande le pain et le temps.La pensée fugitive de Van Gogh et de son tableau les mangeurs de pommes de terre s’impose à l’esprit pour parler de manger à sa faim ou de grande pauvreté. .Cette préface est donc une sorte de petite révolution et elle intéresse autant l’artiste que l’homme landa. En effet, soutenir les arts, c’est permettre à tout un peuple de s’instruire, de se positionner à travers le passé et l’avenir et aussi très certainement  de rêver .Les arts ne sont-ils pas toujours en lien avec notre inconscient et notre moi profond ? Les communications dites invisibles ne se font-elles pas ainsi, voyageant dans les esprits  telles des chansons nomades? Vigny précise qu’il a écrit cette pièce pour montrer le  désespoir qui peut toucher l’homme spirituel et par extension le  poète.Voyons maintenant la pièce en elle même.

L’histoire du jeune poète Chatterton est présentée en trois actes.La première critique et la plus importante est celle concernant l’amour caché entre Chatterton et sa logeuse Kitty bell femme d’un riche industriel.En effet, l’amour fou existant entre ces deux personnages n’est pas réellement amené dans la pièce.Cet amour né d’un seul coup alors qu’ils se sont  vus une fois en trois mois est peu crédible.De plus, ils ne se passent pas grand chose en trois actes.Chatterton ressemble à un enfant capricieux  qui refuse l’aide qu’il a autour de lui.On le comprend bien, au départ, sa situation n’est pas dramatique, il est aimé, logé, a un ami.  Le drame d’être poète, pauvre, de ne pouvoir rien faire d’autre,de souffrir le martyr,d’avoir  un dur labeur n’est pas ici assez bien démontré.Au contraire, dans les Illusions perdues De Balzac on ressent tout de suite la torture pour le poète, la difficulté de sa vie.On le comprend si Vigny a toujours été à l’abri du besoin, Honoré De Balzac a eu des mois miséreux.Le drame romantique apparait néanmoins à la fin de la pièce  avec le suicide du jeune poète; inspirant sa fiole d’opium. et la mort somme toute moderne de  Madame kitty Bell.

Ce livre est en fait pour Vigny, une sorte d’excuse. D’abord, pour offrir une pièce à Marie Dorval, l’actrice, qu’il aime et aussi  comme il le dit lui même pour prendre comme symbole le nom de Chatterton, jeune poète anglais suicidé à 17 ans, afin de défendre le poète et de tenter le bien en son nom.

On peut donc s’interroger sur le succès de la pièce et Théophile Gautier dans un article du moniteur nous en donne l’explication.Il rappelle que la jeunesse de ce temps la était ivre d’art, de passion et de poésie.Les cerveaux bouillaient, les cœurs palpitaient d’ambitions.Le sort d’Icare n effrayait personne.Des ailes! des ailes!L’infatuation de l’art poussait  certains qui aimèrent mieux mourir que de renoncer à leur rêve et l’on entendait réellement dans la nuit craquer la détonation des pistolets.

La pièce de Vigny sonne  comme un écrit de vérité  et elle définit par le drame, une vision, le portrait d’un jeune poète au 19 ème siècle. Il faudrait  donc maintenant se pencher sur  le roman Stello du même auteur   qui raconte lui aussi une histoire de poètes, Vigny, prince des poètes ou peut-etre gardien du temple!

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