Atelier d’écriture-Thème N°2- Retour sur un lieu du passé- « Les vieux cèdres »


Le vent s’engouffra doucement dans la maison, chassant l’odeur indélicate de moisissure  rampante. La fenêtre brinquebalait. Joshua marchait dans la  grande pièce. Une statut de nymphe des bois, une sorte de dryade semblait le regarder étrangement. Du haut de son enfance, il s’en souvenait, elle avait toujours été la. Et malgré les années de tempête ou mer tranquille, elle le jugeait  de son petit promontoire, au dessus de la grande cheminée. C’était peut-être elle qui lui avait communiqué son gout pour l’art. Sa tentation d’artiste comme il disait, afin de peindre le réel ou d’oublier le réel. Le marbre de l’objet  était un peu jauni par l’usure du temps près des mains de l’ondine. Le bas du corps de la statuette était emprisonné dans un petit tronc d’arbre, sorte de cailloux à nervures d’un gris blanc.

Nervure! Les veines des mains de l’artiste semblaient gonflées doucement en cette orée du jour. Le vieillard était mort. Joshua ne l’avait vu depuis dix ans. Depuis, qu’il était parti de ce village, cette bourgade, située près d’une forêt épaisse aux grands chênes ombragés. Ce vieillard autrefois, homme immortel qui avait défié les âges. Aujourd’hui, un amas de poussière, il était décédé depuis un an déjà.

La demeure avait souffert. Soudain, Joshua eut peur; il tressaillit. Une voix, comme une voix d’outre-tombe, faible, à peine un écho semblait envelopper la pièce. Était-ce un chant de stryges   ou une lumière spirite? Son cœur s’accéléra, en un instant, il fut dehors sur la terrasse, la peau en sueur, la chemise trempée. La domestique nommée Sacha l’appelait:

« Monsieur-Monsieur  Lovermonde, nous vous cherchions. Votre famille est à l’auberge. Venez avec moi par dieu! »

Joshua se ressaisit: «Merci, Sacha j’arrive. »

Monsieur demanda t-elle: « Vous allez vendre la demeure? »

Joshua ne répondit, les muscles encore contractés.

Une ombre particulière se déplaçait maintenant près de la demeure de pierre, comme guettant un nouvel habitant, un nouveau cri de l’âme que ressentait les cailloux, escaliers et poutrelles, cri de l’âme et chant lointain de la fée.

Joshua cherchait son pas d’artiste, son pas des grands jours. Il ouvrit la porte de l’auberge.

Une musique chaleureuse quoiqu’un peu triste emplissait la pièce. C’était un air de tango, pas un air des docks, un peu brouillon, mais plutôt, un air classique enfin comme empruntant au classique, délicat et joyeux. Joshua respira longuement. Le comptoir du bar avait beaucoup changé. Il était recouvert d’une laque noire et quelques verres en cristal étaient empilés sur le zinc. On était bien loin de l’auberge du 19ème siècle. Joshua se sentit mieux et même si l’âme antique l’habitait encore, dans ce lieu, moderne, il se détendait. Quelques étudiants du coin révisaient à coté et puis il vit sa famille, sœurs, oncles et cousins. Allait-il s’installer au « Vieux cèdres »? Il n’était frère voyant mais son instinct d’artiste l’invitait en ces lieux. Revivre le passé, un éternel retour, avait ce charme discret et cette folie dangereuse d’un moment unique. Et il se dit alors, voila mes meilleurs jours, mes plus grandes années.

 

 

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *